29.11.2005
C'est comme ça que ça se passe par là
Un monde pas trop trop normal
Dans la rue un homme se roule par terre pendant qu'un couple, allongé sur le toit d'un abri-bus observe le ciel étoilé. Trois autres jouent à quatre pattes avec un chien devant une fontaine où flottent un millier de roses jeté par une jeune femme allongée sur son rebord. Plus loin, une course de jeunes dépantalonnés est suivi par un public multigénérationnel dont la plus fervente supportrice, cheveux gris et canne à la main esquisse des pas de capoeira avec un jeune métisse au torse dénudé. N'importe où ailleurs, dans une rue semblable, un atelier de roulage de pet' est organisé conjointement à un chaleureux "botellon". Les dégâts occasionnés sont nettoyés par le service de fête spécialement créé à cet effet et les hurluberlus méchamment ennivrés sont calmés par des policiers musclés mais entraînés au dialogue et à la psychologie intégrale du bourré, voyou, excité. Plus bas dans cette même rue, un concert de rock improvisé a garni les balcons des edifices alentours : plus tard, le guitarriste baissera le volume général pour permettre aux enfants de s'en aller sereinement au lit et de rêver paisiblement à leur propre monde. Ce monde là est imaginaire. C'est un monde de fous, un monde peuplé de différences et d'unité. C'est un monde serein, un monde aux sentiments contrôlés. Ce n'est pas un monde normal, pas un monde animal. C'est un monde intelligent, un monde humain.
Back in the game
De retour à la vraie vie, j'ai repris le rythme des soirées folles. Dans la rue je voltige à nouveau : danse de pieds en l'air, claquement de pumas usés, j'ai délaissé le poids de la fatigue accumulée et récupéré des ailes de Bozzo. Viennent enfin les premières habitudes, signe que l'installation madrilène est quasiment achevée.
Doux refrain
Le bar à bières à dix bons mètres de la résidence du compère Guigui et de sa dame Marie est l'occasion hebdomadaire de parfaire un apprentissage du houblon débuté il y a 3 ans en Bavière. Record guiness (le nom est pour le coup on ne peut mieux approprié) du plus grand nombre de variétés de bières en comparaison à la taille de l'échope, les noms des marques de bière du monde entier, de Franziskaner à Leffe en passant par Fosters ou Bombardier jonchent les étagères de ce convivial point de chute. Quand la bière a fait son effet, l'estomac rempli de bière m'emmène directement au prochain checkpoint, le Patatus, où le goinfrage de patates avec sauces variées offre une éponge de luxe aux parois stomacales attaquées. Rassasié, c'est généralement au comptoir du Angie que je m'accoude pour prendre quelques cubatas (verres alcoolisés) accompagné de musique âgée mais pas périmée (une aubaine dans une ville oú résonnent dans chaque bar les derniers tubes des fades vainqueurs de la Star Academy hispanique). Puis quand claquent les glaçons dans le verre et que ma langue colle à mon palais, je vagabonde un poil, zigzague dans la nuit, puis hèle un taxi ou saute dans un bus de nuit.
Loco por el futbol
Enfin, j'ai vu Zizou. Presque plus un poil sur le caillou, l'artiste pédestre a profité de la venue de Lyon au stade Santiago Bernabeu pour nous enchanter de quelques petits tours de jambes déroutants. Mais la joie intense, c'est le géant norvégien Carew qui nous l'a procuré : quelques gestes élégants et une talonnade appropriée et justement freinée par Casillas pour profiter quelques instants d'un irrémédiable mais heureux résultat. Outre le jeu, décevant au vu du nombre d'étoiles sur le terrain, le stade nous a offert un bon moment d'unisson, qui pour moi fut du frisson, au moment de hurler "Fuera!" (Dehors!) à la face de leur propre entraîneur. Comme des chiens enragés, la bave aux lèvres, terrifiant spectacle de haine conjuguée...c'est fou ce que le foot rend laid quand il perd son côté ludique au profit d'intérêts uniquement compétitifs (bon, c'est vrai que le Real s'était pris une raclée par les ennemis jurés, les catalans rapides du Barça, le week-end précédent).
Fröhliches Weihnachten
L'avenir est désormais penché vers l'hiver. Les premiers flocons tombent en Espagne et les madrilènes se plaignent du froid glacial (entre 0 et 4ºC) qu'il a fait ces derniers jours. J'ai mis à jour mon agenda, planifiant la fin d'année festive avec un Noël chez "Alfonso Family" à Elche (près d'Alicante) et un réveillon du premier de l'an chez Bono et Claire à Valence, ville transformée pour l'occasion en piste de danse. Pas de vacances, mais la fin d'un cycle qui se rapproche, la fin d'une ère de poche. L'air de rien, six ans et demie d'études ont passé et moins que jamais lassé, je prépare la fête finale du 13 Janvier qui conjuguera fin de stage et anniversaire...
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14.11.2005
Retour vers les tapas
Y a trop d'huile sur mon feu!
De l'extérieur, les voitures qui brûlent en France font paraître le feu de changement d'un système qui se fissure chaque jour un peu plus. De l'intérieur, ou du moins de son ministère, les flammes atteignent les français à l'orgueil patriotique et à leur (il)légitime peur défensive. Sarko s'insinue dans la sueur qui coule dans le dos de chacun et renforce les poussées de fièvre de péquenots ignorants, effrayés par une meute enragée de jeunes autres mécréants, fils cachés d'une relation adultère entre la France et ses plus grands pêchés. Le vice n'est certes pas uniquement français, mais la puanteur que dégage ces premiers signes d'un écroulement par le bas infecte atrocement mes narines vierges d'injustice et encore habituées aux doux parfums idéologiques.
Sans le souffle
Depuis un mois que je suis à PROSEGUR, j'ai ralenti mon rythme de vie. Malheureusement, j'ai oublié de prendre une bouffée d'air et l'apnée dans laquelle je suis entrée comprime mes sens d'une manière trop brutale pour un feignant comme moi, tout sauf adepte de la vie matinale.
6h30, l'heure des autres
Le premier métro arrive à 6h05 et est rempli à moyenne contenance des gens dont les fils brûleront sans aucun doute des voitures. Jogging sobre, coiffure oubliée au pieu, cernes jusqu'au bout du menton, la jungle du matin est un mélange amer de types basanés, figures mal rasées, "sacs à dos de travail" bon marché, gorges raclées, bruyants reniflements incontrôlés...Bref un tableau qui, dans son ensemble, inspire la pitié. En un mois, pas un équivalent à mon costard-cravate, pour un temps volontairement négligé, dans cet univers glauque gisant dans les profondeurs abyssales d'un système rayonnant (?). A l'arrivée au boulot, je prends ma place dans un coin de la minuscule salle de planification jouxtant l'immense hangar des camions jaunes de PROSEGUR. Je vois défiler pendant une heure la joyeuse troupe des convoyeurs de fonds avec leurs blagues vachardes sur les meufs, leur clope au bec et leur toux ininterrompue. Quand tout ce beau monde est parti, je prends le café du matin dans le bar d'à côté avec les compagnons de l'aurore. Réel plaisir que cet instant, récompense d'un sacrifice de quelques heures de sommeil : le café est accompagné de deux tranches de pains soigneusement grillées auxquelles il faut manuellement ajouter une huile d'olive divinement appropriée et un jus de tomate encore épais et délicieusement frais. L'estomac récompensé, la journée se poursuit avec une fatigue croissant d'heure en heure avant que le gong de 17h vienne sonner le glas de mon sommeil et que mon lit récupère son prisonnier favori, décidément trop souvent évadé. L'heure du coucher est naturellement avancée vers 23h, juste après le dîner : bref en semaine, tristes soirées. La bonne nouvelle est que tout ça va changer : le réveil sonnera plus tard dans peu de temps...
Jesus is gone
Pourquoi plus tard? Parce que le prophète est parti. Jésus s'en est allé vers d'autres cieux, me laissant sa croix et son oeuvre. Difficile de remplacer une idole et pour m'acquitter de cette tâche, Neoris m'a attribué un autre stagiaire. Du coup, de stagiaire, je passe au statut de super-stagiaire : plus de maître de stage, un stagiaire à mes côtés et un éventail de connaissances à distribuer. La compensation est venue des puissances diurnes qui m'arrachent cette semaine au côté obscur. Finies les "pan con tomate" du matin, vive le retour des "tapas-cervezas" du soir!
Visite en amis
Et le divertissement de ce mois vint de la visite d'un bataillon de français dans le petit piso qui est le mien. Deux par deux, la main dans la main, mais en rangs serrés, Renaud et Carole, Romano et Galette, Bono et Claire, Rodrigo et Paola ont enchanté les lieux pendant 4 jours. Bon, ça m'a fait bien mal à la santé (suivit une nuit de 17 heures de dodo le week-end suivant) mais un bon gros coup de boost au moral. Celui-là, je l'ai récupéré au fond des chaussettes, et bien que je regrette qu'il passe très peu au niveau du caleçon, sa place est désormais au niveau du visage sur lequel il a justement repris sa place.
A suivre...
Prochainement donc, retour à la vie normale, retour de textes plus épicés et plus déjantés (pardonnez l'absence de note : la prose se repose en même temps que le corps s'endort). En attendant, bises aux fonfons et aux autres aussi.
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