02.06.2006
Y en a des biens
Cher lecteur,
ca fait maintenant quelques mois que l'on ne s'est plus parlé, pour mon plus grand plaisir et le tien, je n'en doute point. Ma vie s'est remplie d'un vide productif abrutissant, et le monde du travail aidant, je partage mon temps occupé a deviser avec des collègues et caresser la machine, partage mon temps libre à deviser avec des amis et caresser la bouteille, les feuilles, les abymes d'ivresse.
Tu l'auras compris, mon entrée dans le système est fracassante et je me sublime chaque jour pour apporter ma pierre a un édifice des plus laids. La plus difficile des tâches a laquelle je suis quotidiennement exposé est celle de deviser avec des boulets cantonnés dans des palais d'oseille, situés dans les nuages de la stratosphere, adeptes du mensonge et ennemi de l'empathie, chefs dans leurs songes, en réalité profonds abrutis. Une caste friquée, boostée a l'autorité et hostile au partage des connaissances, détenteur des clés du succès mais toujours a la recherche de ces dernières.
Je mentirai si je n'avouais pas que je m'amuse a converser avec cette espèce rare de chefs, directeurs, commerciaux (peu importe le nom, la face fade reste comme facade). Cette impression qu'ils arrivent a donner d'etre perché sur votre tête alors qu'ils sont en réalité a quelques centimètres en face de vous, simplement séparés de leur bedon bedonnant, engraissé aux réunions orgiaques auxquelles ils participent quotidiennement et qui constituent leur orgueil de sale salarié avarié. Leur sourire de contentement personnel vient souvent s'afficher en ponctuation d'une phrase du style : "Je (notedeoim: le "je" est leur mot béni, le "tu" n'existe pas quoique son compère "tue" gambade parfois dans leur cerveau) suis en train de negocier un contrat avec V. et je viens de finir l'offre de M. Il me reste encore a faire le PowerPoint de J....pfff, c'est beaucoup de boulot mais grâce a ce travail j'aide l'entreprise à avancer". Et ton gros cul a s'engraisser. Il est certain que si je ne prenais pas cela avec suffisament de recul, je pèterai assurément un cable et me retrouverait moissonné et lessivé en deux temps trois mouvements...mais dans un monde de fric, les règles diffèrent et dans celui-ci, les mots comptent beaucoup plus que les armes. Les actes comptent aussi, mais le beau verbe et la belle politesse sont toujours plus influents sur la voie qui mène à plus de fric.
"Le fric! C'est tout l'effet que ca te fait quand je te dis qu'on va manger du fric?"
Car, quoi, si le monde est une poubelle remplie d'intentions néfastes, le fric reste le seul désodorisant efficace. Il est vrai qu'il est difficile d'arriver à décrocher un désodorisant assez puissant pour pouvoir vivre dans un environnement totalement épuré. Mais, purée! Sans argent, pas de pouvoir, sans pouvoir, pas de contrôle, une vie qui s'en va en roue libre et des salaires de misère en guise de frein...Oui, le fric c'est chic dans un monde où il forme son unique source d'énergie.
Et puis...
Y a eu les tournois de caps. Y en a eu un et puis un autre. Les pensées routinières de société pourrie purent s'échapper le temps d'une réunion de stars de la capsule. Celles-ci volant et s'entrechoquant, se frôlant et vacillant, touchant et tombant, vivent dans l'esprit du jeu. Loin d'être des objets inanimés, elles sautent en étincelles dans des appartements de jeunes fougueux, adeptes des plaisirs pour les yeux.
Le joueur de caps, lui, est un biathlète. Son mental sont ses jambes et marche pour lui à l'énergie. L'alcool est le chemin qui déroule sous ses pieds : plus il est long, plus la souffrance est grande, plus la lucidité s'efface, plus la précision s'enfuit. La ligne d'arrivée distante de 10 gorgées , propres ou adverses et bien prononcées, de celle de départ est une délivrance, un doigt pointé vers le ciel, un rot gardé délicieusement délivré, une dernière gorgée soigneusement préservée.
Ce jeu est une aubaine pour les abrutis du boulot, enclins à l'ivresse par dépit, presque par obligation. Et si la victoire est au bout, alors la gloire délaissée épouse nos bras et vient danser avec nous la nique à une réailté désespérante.
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